Ulan Oude et le Transmongolien

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La voie ferrée transibérienne menant d’Irkoustk (où nous avons repassé une nuit en transit après le périple sur l’ile d’Olkhon ) longe les rives du Baikal sur plus d’une centaine de kilomètres. L’occasion de lui dire au revoir une dernière fois avant de filer vers Oulan Oude! The next step. Les rives du Baîkal sont léchées pas les vagues gelées, ce qui leur donnent des airs de station balnéaire des glaces… Le temps est à la grisaille… La même grisaille qui remplit les coeurs à l’heure du départ.

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Le trajet vers Oulan Oude dure environ huit heures. Pour une fois il ne se passera pas grand chose à bord. Le wagon est presque vide…pour une fois qu’on avait pris la couchette du haut et celle du bas…il y en avait pleins d’autres à disposition !

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  • Oulan Oude :

C’est pas vraiment la ville où tu peux faire des milliards de choses, on ne va pas te le cacher. Et après l’excursion sur le Baikal, autant dire qu’on est devenu des globes trotteurs exigeants et difficilement impressionnables… La difficulté de revenir dans une mégalopole grise et brouillante, après avoir était immergé en pleine nature peut être ? Cette ville est notre dernière étape sur le sol russe, avant de passer la frontière mongole. Néanmoins nous passerons deux nuits ici, dans l’auberge Clean Hostel, pas vraiment folle mais au combien pratique. Elle se situe juste à coté de la gare… vraiment vraiment juste à coté, c’est a dire que tu n’as vraiment que la voie ferrée à traverser. Pratique quand tu continues à voyager avec des monstres de moins en moins portatifs. Encore une fois, ce sont les occupants qui font l’âme du lieu. Stupéfaction à l’arrivée de voir le sosie de Bonnie Tyler version mongole, repasser en chemise de nuit rose, une sorte de deel (manteau traditionnel mongol) bleu turquoise. Ou encore de voir un homme croquer à même un poisson cru fraichement écaillé , tout en étant en pleine conversation téléphonique. Bienvenue à Oulan Oude. Le mangeur de poisson se fera un plaisir de nous sortir un grand et bouillant « BONJOUR » a chaque fois qu’il nous voit, avant d’éclater de rire ! Je crois qu’on nous a repérés !

L’attraction majeure d’Oulan Oude se trouve sur la place principale de la ville. Si tu n’as jamais vu des narines de deux mètres de diamètre c’est là bas que tu dois passer tes prochaines vacances. Ici se dresse la plus grosse tête de Lénine au monde ( oui ce tour du monde, c’est un peu le Guinness book des records ) : 13 mètres de hauteur… bon par contre vu le budget et le cour de la pierre en bourse, il n’y a que la tête ( alouette ). Pour l’anecdote il paraitrait qu’aucun oiseau n’a jamais déféqué sur le crâne de ce bon vieux Vladimir. Pourtant de mémoire de pigeon, on n’a jamais vu plus belle aubaine, mais les pigeons russes sont communistes jusqu’au bout des ailes et ne s’y risquent pas.

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Sinon Oulan Rude c’est aussi, beaucoup de circulation, du bruit, des trottoirs glissants car recouvert de givre où j’ai bien failli me faire briser le col du fémur avant l’heure, une gare routière qu’il faut chercher longtemps longtemps longtemps, des longues filles d’attente, des super marchés qui ont plus des airs de labyrinthe …  Nous glissons peu à peu vers l’Asie. Ce ne sont pas les innombrables rayons de paquet de Noodels à toutes les saveurs possibles et imaginables ( quoi que ?), ce sont les visages. Les nez sont moins proéminents, les pommettes se bombent, les paupières se brident. Si encore à Irkoutsk, nous pouvions à peu près nous fondre dans la masse, ici nos fasciés d’occidentaux détonnent. Plus aucune chance de passer incognito, on a grillé notre couverture !

  • Le Datsan d’ Ivolga : Plus grand monastère bouddhiste de Russie. De loin le lieu le plus marquant, détronant même les narines géantes de Lénine. Alors c’est vrai, on est passé en Asie depuis Iekaterinbourg, ça fait déjà plus de deux semaines, mais c’est la première fois qu’on le ressent avec autant d’intensité et de dépaysement. Faut avoir envie de chercher comment y aller, parce que c’est pas tout simple. On sait juste qu’il faut trouver le bus 130, on demande aux petites vendeuses de cigarettes, qui nous orientent avec jeux de mimes et de dessins (la prochaine partie de times up, on va déchirer). Une fois repéré le van qui fonce sur nous dans le flot de la circulation, on grimpe et on essaie de se faire une place parmi les 35 passagers pour les 10 sièges. 40 minutes plus tard,  le chauffeur nous fait comprendre qu’il faut descendre au milieu de la pampa. On repère un autre van avec une photo d’un temple sur le pare brise, et dont l’intérieur nous rappelle plus celui d’un corbillard. Apres avoir attendu de faire un peu le plein de passagers, on repart pour s’enfoncer plus loin dans la plaine bouriate. Une bonne demi heure plus tard, tu arrives dans la plus grande lamasserie de Russie. Oui, une lamasserie comme au Tibet.

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Un temple bouddhiste qui a survécu aux vagues de purges soviétiques (de nombreux moines furent envoyés aux goulags dans le temps).  C’est Staline qui a autorisé la construction de ce temple en remerciement à la participation des bouriates à la grande guerre… Paradoxe quand tu nous tiens. On arrive donc dans cet ensemble de temples qui se dressent au milieu de rien. Dans la plaine sibérienne résonnent les prières boudhistes, séries de vocalises graves et envoutantes. p1050144

En suivant le sens sacré de la visite (dans le sens des aiguilles d’une montre suisse), on découvre les cabanes ou vivent les moines. On en croise d’ailleurs de nombreux, qui partagent une même occupation: courir. Ici on ne marche pas, on se déplace en galopant. Au milieu des cabanes de rondins se dressent des moulins à prières, qui attendent que tu les fasses tourner, afin d’envoyer leurs tantras dans les cieux. Rapidement apparaissent les temples, à l’architecture complètement orientale. C’est sur que ça nous change des cathédrales orthodoxes !!!

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En voyant les moines courir vers le plus grand temple, notre curiosité prend le pas et nous les suivons… On arrive en pleine séance de prière collective. Une cinquantaine de moines chantent une mélopée monocorde, grave et envoutante qui ressemble plus à un son unique et indéchiffrable qu’à un ramassis de prières éparses. En effet chaque moine « marmonne-chante » sa propre litanie.  Magnifique. Pas de photos autorisés (de toute façon nos têtes d’occidentaux nous ont valus d’être surveillés de près tout au long de la cérémonie), mais imagine toi assis, au milieu de tous ces moines, tuniques rouge sombre et jaune doré, têtes rasées se balançant d’avant en arrière, au rythme de leurs prières. Les fidèles vont et viennent, s’inclinent avec ferveur, et achètent des rouleaux de prière, qu’ils complètent avant de les donner aux moines qui se les distribuent au fur et à mesure de l’avancée de leurs prières. Les statues de Bouddha restent impassibles, dorées et parés de tenues de satins et de couleurs, un sourire énigmatique en coin, au coté duquel celui de Mona Lisa fait pale figure. Parmi les moines, plusieurs générations se mêlent. Les plus jeunes, d’à peine une quinzaine d’années, n’arrivent pas à se concentrer et ne cessent de nous regarder à la dérobée, en souriant ou en rigolant entre eux. Une ambiance très naturelle circule dans cette assemblée. Une prière finie, un prêtre se lève, se tourne vers son voisin et lui dit quelque chose qui fait rire les personnes aux alentours, sans pour autant interrompre le chant collectif. Quelques instants (heures ? jours ?), on ressort comme hypnotisés et relaxés à la fois, tout en ayant l’impression qu’on n’a pas réellement pu comprendre la portée et la signification de ce qui était en train de se dérouler devant nous. Va falloir qu’on lise sur le bouddhisme. Faut dire qu’on n’a pas reconnu aucun des saints habituels parmi la pléthore de statues, souriantes, difformes, reposantes ou grimaçantes tour à tour.

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C’est sur, on est bien passé en Asie, et c’est avec un frisson d’impatience qu’on se prépare à enchainer sur la poursuite du périple: la Mongolie. Allez prépare ton doudoune Camarad’, c’est parti !!!!

Départ à l’aube, pour Ulaan Baatar (OulanBator si tu préfères , et UB pour les intimes). On a hésité entre la solution économique, le bus, et la confortable, le train. On décide pour se départager d’aller à la gare routière. Alors autant c’était souvent laborieux de se renseigner dans les villes russes passées, autant à Ulan Oude, c’est devenu mission impossible. A peine abordés, les gens nous regardent avec des petites têtes désolés sous leurs grosses chapkas, quand ils ne partent pas en courant, paniqués par notre accent russe vacillant. A force de répéter « stantsiya », on finit par arriver dans une petite coure déserte, et par la force des choses à un minuscule guichet caché entre deux portes. Ah c’est une jeune vendeuse, elle doit comprendre un peu l’anglais. Cool… Sauf qu’au bout de 5 minutes d’explications plus ou moins fructueuses, elle décide de prendre sa pause, et cede sa place à une toute petite chose, qui parle que russe et qui nous regarde toute paniquée… et nous aussi du coup… On arrivera finalement à se faire comprendre. Le bus coute 3500 roubles par tête de pipe. Pas cher. Départ 7h du mat. Tôt, très tôt avec les monstres pour traverser la ville. Le trajet dure 12h. Quand on voit les petits vans dans lesquels les gens essaient collectivement d’emplir tout l’espace, on se dit que pour une fois on va va dépenser plus et privilégier le confort. La vraie raison, c’est qu’on voulait pouvoir se dire qu’on aura fait Saint Petersbourg – Pékin en train non stop. Donc direction la gare ou on obtient enfin nos billets pour le lendemain matin, 6h du mat, 24h de train.

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On s’est pas planté cette fois ci, couchette haut et bas. Qu’est ce que tu crois mon ptit, on a déjà 7000 kms de train dans les pattes. Pas de troisième classe, ça n’existe pas en Mongolie et en Chine, on voyagera en Koupé (2ème classe) pour 9000 Roubles. Départ à 6h du mat et à -20° et quelques, heureusement que les wagons sont comme à leur habitude généreusement chauffés. Une fois un thé bouillant pris au samovar, nous regardons les paysages défilés, en réalisant que nous sommes en train de dire au revoir au premier pays de notre voyage. Et que nous sommes partis seulement il y a 3 semaines. Alors qu’il s’est passé suffisamment de choses pour occuper des mois de notre vie passée… tout en regardant la neige qui continue à recouvrir les plaines bouriates, on repense à toutes ces découvertes, de villes, de paysages et de personnes, et mine de rien un certain degré de nostalgie nous prend. Le wagon est quasiment vide, et alors que nous approchons de la frontière, nous réalisons que les quelques voisins que nous avions, sont descendus et que nous sommes seuls avec la provodistna.  Drôle de sensation quand on réalise que même la locomotive et le reste du train se sont fait la malle. Et qu’on reste là au milieu de nul part.

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Des chevaux passent le long de la voie où notre wagon sommeille. Quelques minutes plus tard, un jeune garçon passe en trombe, montant à cru un cheval… Pourquoi pas…

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On patiente de nombreuses heures… C’est pas trop dérangeant sauf que lorsqu’on s’approche d’une gare, ben ils ferment les chiottes. Et que 6h sans pisser, alors qu’on a continué à boire nos 3 litres de thé par heure, ben c’est pas facile facile… Finalement, longtemps plus tard, les douaniers nous accueillent avec leur sérieux habituel. Une fois les formalités administratives expédiées, visa à l’appui, et de nouveaux tampons obtenus, nous regardons nos nouveaux voisins prendre possession du wagon. C’est sur, on n’est plus en Russie. Les gens sourient, les yeux se brident et pétillent, et on voit un couple se ramener avec en guise de valises, deux grosses carcasses de moutons.

Mongolie nous voilà !!!!

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