Dans les steppes de Mongolie

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Tu n’as jamais rêver toi, qu’on vienne te chercher pour t’emmener dans l’endroit le plus pur et le plus dépeuplé du monde ? Retrouver un peu cette simplicité qui te permettrait de vivre avec ce que la nature te donne, sans heure, sans impératif, sans aucune nouvelle du monde extérieur; juste toi et la nature tout autour ?

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Cette expérience digne des meilleurs épisodes de « Rendez vous en Terre Inconnue », Frédéric Lopez en moins, nous avons eu la chance de la vivre… au milieu de la steppe mongole, là où la neige, l’immensité et le silence règnent en maitre, loin du tumulte d’Oulan Bator. Nous avons trouvé le plan, grâce à Zoé et Vincent, nos fidèles compatriotes du lac Baikal, via l’association « Tour Mongolia ». Après quelques mails échangés avec Serjee, la responsable, nous étions prêts…sans trop savoir à quoi nous attendre…sauf à l’aventure !!!  Pour ne rien rater de notre rencontre avec la famille nomade, nous avons décidé de nous payer le luxe, des services d’un interprète anglo-mongol, du moins présenté comme cela par Serjee.

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C’est très tôt, le matin, que nous avons donc fait la connaissance de Moogee. Très vite nous comprenons que le petit mongol rondouillard, bien que très sympathique et avenant, ne maitrise pas si bien l’anglais que ça !! Ca promet !!

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Nous parcourons deux heures de route ou plutôt de piste, car en Mongolie, c’est un peu comme en Russie, quand il n’y a plus de route, ce n’est pas grave, on avance quand même. Le blanc absolu nous entoure, la neige recouvre le sol et se confond avec le ciel d’un bleu très très clair. Parfois quelques troupeaux de chevaux et de chèvres croisent notre route, leurs silhouettes tachettent le blanc immaculé…

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Le camp de nomade est en vue. Trois petites yourtes se dessinent à l’horizon, au milieu de rien. Nous approchons. Moogee se gare devant la plus grande des trois habitations… Le maitre des lieux nous attend sur le seuil. Jagaar, du haut de

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ses 1m80 nous adresse une poignée de main virile et un large sourire ! Nous sommes très intimidés, mais très vite, nous comprenons qu’il n’y a pas de quoi l’être !!Nous pénétrons dans la yourte où Huurnah, la femme de Jagaar prépare le suutei tsai (thé local) de bienvenue. Tu le croiras ou non mais il y a énormément de place dans une yourte. La vie s’organise autour du gros poêle qui trône au milieu de la pièce.

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Tout autour de lui, les lits de part et d’autre, l’armoire, le temple bouddhiste face à l’entrée, le coin cuisine avec le garde manger et le coin « salle de bain ». L’espace est optimisé au maximum dans ce petit cocon douillet qui a tout pour plaire. Le couple de quinquagénaires vit avec Sergelen, de cinq ans leur ainée et son fils Juurnah, un ado de 16 ans à la force de colosse et au visage rougi par le froid de la steppe.

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Moogee prend ses aises, il connait bien la famille et malgré son niveau anglais collège, nous met très a l’aise. Les nomades ont l’habitude de recevoir du monde, connu ou inconnu, c’est culturel. Il n’est pas rare de voir débarquer quelqu’un aux heures de repas, s’attabler, se servir comme si de rien n’était, puis repartir son repas achevé. Un peu comme si toi, pendant une après midi shopping en centre ville, tu te dis qu’il est midi, que t’as faim, alors tu rentre dans la première maison venue et tu t’invites au repas de tes hôtes de l’instant. Huurnah est une vraie maman poule et ça se voit, elle est aux petits soins avec nous.

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Notre bol de thé n’est jamais vide, et elle nous invite constamment à nous servir des biscuits. En guise de présents, nous leur offrons du chocolat et une bouteille de vin rouge. Jaguar la regarde avec beaucoup de curiosité quand nous lui expliquons que c’est un vin de notre pays… Visiblement la vodka apporté par Moogee semble avoir plus de succès. Nous sommes très curieux de découvrir la vie du camp, et le moins que l’on puisse dire, c’est que nous allons aller de découvertes en découvertes.

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La vie des steppes :

Au camps, il faut t’assoir sur toutes tes petites commodités de citadin : Adieu salle de bain, baignoire, douche, lavabo … bonjour petite bassine d’eau chaude et savon… Adieu toilettes chauffés, carrelés et papier moutonné … bonjour, trou dans la neige à 200 mètres de ta yourte et n’oublie pas de bien t’assurer de la vidange de ta vessie avant d’aller au lit, a moins que tu préfère affronter les -35 degrés de la nuit mongole… Cela dit se sera l’occasion pour toi d’observer le ciel comme jamais… La voie Lactée dans toute sa magnificence. Faire pipi tout en contemplant la Grande Ourse c’est quand même vachement classe !!

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oui oui, la bas, tout la bas… c’est les chiottes !!!

Le froid, et oui il est toujours là celui là. Il fait parti de la vie des nomades. De gré ou de force parfois, ils savent en venir à bout. Comme par exemple quand l’essence gèle dans le réservoir, ils n’ont pas peur d’utiliser un chalumeau a même le moteur pour dégeler tout ça. Etre nomade en Mongolie, c’est juste une affaire de « cojones« .

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Ce qu’il faut que tu saches aussi, c’est que principe
de base de la survie dans la yourte (il sent le vécu celui là) : ne jamais, jamais, jamais laisser
s’éteindre le feu du poêle… surtout la nuit, si tu ne veux pas mourir de froid, et finir tout raide comme ce bon vieux Jack Dawson (Oui celui de Titanic bien suuuur, Vive les années 90 !!!). Bref la nuit par -35 degrés, se retrouver tous feux éteints avec une espérance de vie inférieure a 15 minutes, c’est pas cooooool…Tu es bien content d’avoir un Jagaar sous là main, prêt à te raviver tout ça en « cinq – cinq-deux deux » comme dirait l’autre !! Forcé de constater qu’on ne devient pas un nomade aguerrit en un claquement de phalange.

Si toi, le matin, tu as le temps de zoner tranquille devant Gully en mangeant tes froosties avant de partir au boulot, dans les steppes, la journée commence dès le premier rayonnement solaire et démarre sur les chapeaux de roues. Ne soit pas étonné, aussi tôt soit il, de trouver tes hôtes en pleine vaccination des moutons. Oui oui rien que ça ! C’est peut être vite dit comme ça, mais c’est relativement sportif. Parce qu’il faut les choper les bestiaux et aussi bêtes soient ils, ils ne se laissent pas faire si facilement. Antoine (oui car c’est un boulot d’homme !) a eu l’occasion de courser quelques caprinés, de bon matin sous les encouragements et les rires de Jagaar et Moogee. Le chef du camp est visiblement ravie de sa nouvelle recrue.

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Dans une version plus bucolique, tu auras l’occasion de faire des balades à cheval dans les steppes mais aussi de te balader sur les crêtes pour observer la faune et la flore locale. Si tu es un petit chanceux, tu peux aussi t’adonner au ramassage de crottes séchées destinées à l’approvisionnement du poêle dans les  yourtes. Le tout équipé de toute la panoplie du ramasseur professionnel de crottes séchées, avec le dell traditionnel… les mains dans le caca mais toujours stylé, c’est question de principe.

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Ou encore t’adonner a la collecte de la neige. Il faudra te trouver un petit spot de neige vierge et immaculée, la mettre dans des gros sac en toile de jute et la ramener au camp où Huurnah la fait ensuite bouillir pour qu’elle soit propre à la consommation. Pas d’eau potable au robinet dans la yourte (et pas de robinet non plus d’ailleurs), tu t’en doutes, on fait avec ce que Dame Nature nous donne.

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On a beaucoup aimé ce coté « vivre avec l’essentiel »: amour, eau gelée… et sang frais … N’oublions pas qu’en temps que carnivores invétérés, ils s’adonnent forcément à des tâches moins « glamour » que la récolte de la neige fraichement tombée ou l’observation des chevaux sauvages à la jumelle… et ça aussi, crois moi, on y a eu droit !!

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Histoire qu’on ne perde rien de notre savoir anatomique acquis durant toutes nos belles années d’études, nous avons eu l’honneur, le privilège d’assister par deux fois à la mise à mort et en pièces, en bonne et due forme, d’un mouton et d’une vache…OUI OUI OUI !! Si tu es du genre à vite avoir la rétine qui palpite à la vue du sang, il vaudra mieux que tu t’abstiennes sur cette partie a haute teneur en hémoglobine.

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Si autant tuer un mouton est un fait si banal pour eux, que c’est le jeune Juurnah qui s’en charge seul, bête tuée et dépecée, affaire pliée en une demi heure a peine, l’exécution de la vache, reste pour nous, le moment le plus what the fuck de ce séjour.

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Une fois la bête abattue (avec le plus grand respect possible, je tiens à le préciser), elle est découpée à même le sol enneigé. Les mains de Jagaar et de son ami, spécialement dépêché pour l’occasion, ont la dextérité des bouchers les plus expérimentés. Les lames aiguisées des couteaux entaillent, tranchent et découpent. Les mains et les bras des hommes sont maculés de sang frais. En une heure à peine, l’animal n’est plus qu’un immense puzzle de chair encore fumante. Les morceaux de viande sont méticuleusement disposé sur une bâche de plastique étendue au sol…le froid et le gel n’ont plus qu’a oeuvrer.

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Le lendemain, la viande congelée sera mise à l’abri dans le conteneur « garde manger ».

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Pour ce qui est des viscères, de la peau et du reste, pas de problème, dans la steppe rien ne se perd, même pas les os… Les mongols s’en servent comme pièces de jeux. Les longues soirées de dans la yourtes sont toujours très animées par les sessions d’osselets endiablées. Les nomades sont de vrais enfants quand il s’agit de jeux de société, ils adorent ça !!

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Les idées reçues :

1 -Il ne faut pas croire que les nomades vivent totalement reclus. Même s’ils ne se rendent à la ville que très peu, ils ont tous des smart phones qui leur permet de rester en contact entre eux mais aussi avec leur famille. Egalement et plus surprenant, la yourte est équipée d’une télé. Imagine notre surprise quand le soir nous les observions suivre avec acidité leur série préférée ou encore la version mongole d’un « incroyable talent »… Moments improbables !

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2-Il ne faut pas croire que les nomades ne sont pas stylés, ils ont leur style bien a eux, un point c’est tout. Si autant ils donnent dans la sobriété au quotidien, les jours de fêtes ou de sorties en ville, ils se parent de leur plus beaux apparats. Tu trouves pas qu’on ressemble presque à des vrais ?

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3-Il ne faut pas croire que les nomades mangent tous les animaux.

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Venons-en à la partie qui t’intéresse le plus, petit gourmand que tu es : la cuiiiiisiiiine !!

Sache une chose, dans la steppe, même au milieu du rien plus immense, tu ne mourras pas de faim, bien au contraire… pour affronter le froid et les travaux au camp, il faut manger, manger, manger et c’est a peu près ce que nous avons eu l’impression de faire pendant quatre jours. Non pas que l’on se plaigne de la délicieuse cuisine de Huurnah, mais autant te dire qu’a la fin du séjour, on avait vraiment envie d’une petite parenthèse détox… du genre thé vert et pamplemousse pendant une semaine… Comme les nomades vivent en autarcie, les repas se composent principalement de plat à base de pâte, que Hurnaah et Sergelen confectionnent elles mêmes, de viande et de lait. L’occasion pour nous de gouter aux spécialités traditionnelles comme les buuz, les khuuchur, le orum mais aussi d’apprendre quelques rudiments de la cuisine mongole. Les nomades sont très attachés à leur gastronomie, ils aiment manger et le repas est toujours un moment de partage.

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Dur dur pour eux de concevoir la vie et leur assiette sans viande. Imagine toi leur tête quand nous avons tenté de leur expliquer qu’en France de plus en plus de personnes se tournent vers le véganisme… Ni viande, ni oeuf, ni poisson, ni cuir…rien de rien ne touchant à l’animal… concept plutôt difficile à avaler pour eux. « Mais si tu ne mange pas de viande mais tu meurs ! ».

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Un débat assez drôle qui se fini arrosé par une bonne lampée de vodka mongole. Un petit bol doré rempli a ras-bord nous est servi tour à tour jusqu’a que la bouteille soit vide… après  ça il est temps de jouer !!!

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Rentrer à UB après ce rendez vous en terre inconnue, nous a un peu chamboulé. Nous avons quitté le camps après la cérémonie d’offrandes à la nouvelle lune. Avant de partir, Jaagar a béni les roues du combi de Moogee pour nous assurer un bon retour vers UB.

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Retrouver l’effervescence d’une grande ville, la pollution, la circulation et le bruit après quatre jours de pureté, nous donne comme l’envie de faire demi tour. Une expérience inoubliable, et un point fort de notre périple jusque là. Sans elle, nous serions surement passé à côté de  notre aventure mongole.

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Un jour peut être, nous retrouverons Jaguar et Huurnah, Sergelen et Juurnah, au printemps quand ils auront migré plus au sud vers la rivière. Les nomades sont vraiment un peuple atypique. Ils ont cette joie de vivre, ce sourire, cette gentillesse, ce sens du partage et de l’hospitalité, malgré le peu de bien qu’ils possèdent. Cette vie en accord avec la nature, les animaux, les saisons, aussi difficile qu’elle puisse paraitre parfois, est un oasis de paix…c’est peut être la vision utopique de deux petits rêveurs se prenant pour des nomades mongoles, mais c’est l’empreinte que ces quatre jours au camp laissera sur nous…

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